Présentation

Le Centre de recherches sur les économies, les sociétés, les arts et les techniques (CRESAT), créé en 1984, rassemble des chercheurs en histoire (histoire économique et patrimoine industriel, histoire de l’art), en sciences de l’information et de la communication (culture numérique, communication des organisations, communication interculturelle, media studies), en géographie (géohistoire des risques, cartographie, SIG), en archivistique et en gestion qui ont fait le choix de s’intéresser à la construction des sociétés et des territoires transfrontaliers, aux acteurs et aux enjeux de l’interculturalité, à l’intelligence territoriale et à l’innovation.

La compréhension des sociétés transfrontalières nécessite plus que jamais une analyse de long terme des dynamiques politiques, économiques et culturelles ainsi que des stratégies et tactiques des acteurs. Les chercheurs du CRESAT font aujourd’hui le choix de construire leur projet d’avenir autour de la problématique de l’interculturalité en Europe, plus particulièrement en situation transfrontalière. Il s’agit de décrire, de comprendre et d’expliquer les mutations des activités socioéconomiques qui relèvent d’un double mouvement, d’une part le dépassement des frontières (mobilité internationale, contenus et produits transculturels) et, d’autre part, la construction de frontières nouvelles (identitaires, sociales et politiques).

Ce projet nous permet d’être cohérent avec le champ recherche UHA/SHS « Interculturalité(s) Humanités, Sociétés, Economies durables dans le Rhin supérieur » qui définit l’interculturalité comme « un ensemble de dynamiques sociohistoriques et géohistoriques, d’interactions et d’apprentissages qui sont des sources de potentialités et de créativité, pour des sociétés et des économies durables » et le territoire du Rhin supérieur comme « un espace d’appartenance construit par des dynamiques politiques, démographiques, économiques sociales et culturelles ». Il nous permet également de nouer et/ou de renforcer nos liens avec différents acteurs, qu’il s’agisse d’acteurs institutionnels de l’UHA, d’autres laboratoires SHS, des différentes institutions d’enseignement supérieur partenaires d’EUCOR, engagé dans la construction d’un campus européen ainsi que des collectivités territoriales, des bureaux d’étude et des institutions culturelles. Enfin, il renforcera encore notre partenariat avec le Centre de compétences transfrontalières NovaTris, dont le cœur de métier est l’émergence de compétences interculturelles chez les acteurs de notre territoire transfrontalier.

Thèmes de recherche

Désireux de produire un savoir empirique rigoureux dont la diffusion contribuera à une réflexion sur le fonctionnement des sociétés et des territoires interculturels du Moyen Age à nos jours, les chercheurs du CRESAT ont fait émerger des chantiers interdisciplinaires synonymes de synergies nouvelles et de fertilisations croisées et qui illustrent les processus par lesquels différents acteurs (individus, entreprises, organisations politiques et syndicales, associations culturelles, institutions scolaires et universitaires), cherchent à comprendre les mécanismes politiques, économiques, sociaux et culturels de leur(s) territoire(s) afin d’en maitriser le développement et le devenir.
Le premier chantier cherchera à étudier les acteurs d’un territoire postulé « intelligent ». Ces acteurs peuvent être des individus, des entreprises, des organisations politiques et syndicales, des associations culturelles et sociales, ainsi que des institutions scolaires et universitaires. Pour ce faire, nous nous appuierons notamment sur la notion d’intelligence territoriale qui permet aux chercheurs, aux acteurs et à la communauté territoriale d’acquérir une meilleure connaissance de leur territoire, mais également de mieux maîtriser son développement. En cela ce projet permettra par exemple de poursuivre le questionnement géo-historique sur les différentes formes d’adaptation et de résilience des sociétés transfrontalières face aux risques naturels et au changement climatique dans le Rhin supérieur mais également face aux mutations technologiques et communicationnelles d’envergure à l’ère du numérique.

La désindustrialisation citée plus haut s’accompagne aujourd’hui à Mulhouse par un investissement croissant dans les technologies et métiers numériques dont témoigne le projet KMø. Une attention toute particulière sera ainsi portée au rôle du numérique dans les processus de communication des acteurs en territoire transfrontalier, à l’empreinte forte des technologies numériques sur leur activité quotidienne et à la médiatisation grandissante de la société en général. Ces phénomènes génèrent des tensions entre la création et la consommation culturelle des individus, la recherche constante d’innovations entrepreneuriales et les conditions de travail des employés, les engagements et les comportements politiques. L’analyse des logiques d’innovation et des phénomènes technologiques ou intersubjectifs émergents doit se faire au prisme des logiques historiques, des enjeux communicationnels, des contextes de production et d’usage, dans un souci de recherche de durabilité. Il s’agit ainsi de questionner la place de la diversité culturelle et de l’interculturalité dans les processus de communication des acteurs, de circulation du savoir ainsi que l’impact des médiations technologiques sur ces mêmes processus, y compris dans l’émergence de nouveaux métiers (communiquant numérique, community manager, responsable des médias sociaux). Cela pose par ailleurs la question de l’articulation entre stratégie économique et stratégie de communication, entre diffusion d’information sur des supports potentiellement nombreux et accompagnement d’une vision stratégique potentiellement innovante.

Un dernier chantier, méthodologique et épistémologique celui-ci, s’impose. Dans un premier temps, et compte tenu de l’ambition qui est la nôtre, un travail sur l’interculturel s’avèrera nécessaire. L’approche interculturelle différant selon les disciplines, les membres du CRESAT chercheront à confronter leurs regards sur la méthodologie interculturelle et à développer des référentiels communs pour un travail interdisciplinaire à construire. Dans un second temps, ce chantier méthodologique comprendra également un travail interdisciplinaire sur les méthodologies face aux traces, sources d’information et des méthodes, entre archives historiques et méthodes digitales dans le prolongement des projets d’ores et déjà en cours. En effet, le CRESAT a entamé depuis 2013 une réflexion sur les méthodes digitales, l’influence du numérique sur la recherche à l’intersection de techniques d’analyse des données et de la compréhension des traces en sciences sociales (BQR « Traces d’usages et présences numériques en contexte de mobilité » et Journée d’études « Méthodes digitales », programme ORRION).

Le CRESAT consacre aussi beaucoup d’efforts à « participer à l’acquisition de connaissances ouvrant la voie à des applications identifiées ». Ainsi, il s’investit dans la mise à disposition du public d’outils parmi lesquels on peut citer l’Atlas historique d’Alsace, le Pôle documentaire de la Fonderie, la base de données « Images de l’industrie », le projet Forcopar d’enseignement à distance en archéologie industrielle.

Direction

Directeur : Carsten Wilhelm

Directeur adjoint : Régis Boulat

Historique

En 1983, Alain Jaeglé, alors Président de l’Université de Haute-Alsace (UHA), crée le Centre de recherche et d’enseignement sur les sciences, les arts et les techniques (CRESAT). Physicien, il prend également l’initiative de créer le Centre de documentation des sciences et des techniques, ainsi qu’un diplôme d’université de « Culture scientifique, artistique, technique et de muséologie » dont il définit alors les enseignements : « Histoire des sciences et des techniques, histoire de l’art et esthétique, information et documentation scientifiques, techniques de communication audiovisuelle et enseignement de muséologie ». Lorsque Pierre Fluck, géologue de formation, reprend en main la destinée du laboratoire en 1994, il recentre ses thématiques sur les « Industries et proto-industries des régions rhénanes dans l’espace européen : techniques, sociétés, environnement ». Labellisé « jeune équipe » en 1997 puis « équipe d’accueil » en 2001, le CRESAT renforce également sa dimension pluridisciplinaire grâce au regroupement des enseignants- chercheurs des départements d’histoire (21e, 22e, 23e sections) et MECADOCTE (Métiers de la culture, des archives et de la documentation pour les collectivités territoriales 22e, 71e, 72e sections), réunis par une cohérence en matière de formation. Nicolas Stoskopf lui succède de 2005 à 2013, période au cours de laquelle il est non seulement le maître d’œuvre de deux quadriennaux mais également un des artisans du transfert du CRESAT à la Fonderie en janvier 2010. Cet événement constitue un tournant déterminant dans l’histoire du laboratoire puisqu’il fait coïncider un questionnement (la construction des sociétés et des territoires) avec un lieu chargé d’histoire et de symboliques techniques, industrielles et sociales (La Fonderie). Par ailleurs, il impulse une dynamique collective, renforce la cohésion de l’équipe sans brider les singularités, et permet au CRESAT d’avoir un rayonnement scientifique indéniable. Fort d’une production scientifique qui n’a cessé d’augmenter en quantité et en qualité, le laboratoire a acquis sous sa direction une assise en inscrivant son activité scientifique dans l’environnement social, économique et culturel de son espace transfrontalier.