Three Wheels de Kavich Neang

Au petit matin, Nath remonte les rues désertes de Phnom Penh avec son tuc-tuc vide. Lancinant retour vers sa lointaine banlieue où les fils électriques apparents ne semblent alimenter que la radio omniprésente et les machines à coudre des besogneuses. Son couple : un ballet à distance de deux âmes errantes où les moustiquaires ménagent une fragile intimité. La caméra de Neang accompagne avec pudeur la juxtaposition de leurs deux rituels. Le cérémonial des bougies pour Nath, le service de l’autel domestique pour son épouse. Un modeste lien se tisse autour de la teinture des cheveux, lutte partagée contre les stigmates de l’âge, de leurs quarante années de vie commune.

En soirée, la ville pulse à nouveau, mais pas les affaires de Nath. Il maraude devant les boutiques de luxe quand une jeune cliente, apparition tourmentée, le replonge dans son passé. Elle ressemble à son amour de jeunesse avorté par la terreur des Khmers Rouges. Revivent les fascinantes lumières de la boîte de nuit où elle dansait et dont les flammes de ses bougies invoquent le souvenir.

Pour un ultime adieu, le couple se fossilise en costume d’apparat avant de s’ouvrir à un autre destin. La femme résignée au quotidien que la vie lui a dévolu. Nath, éternel insatisfait, à poursuivre en tuc-tuc un avenir plus radieux…

Luc Maechel

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