Arábia de João Dumans et d’Affonso Uchôa

Brésil, 2017, 1h36

 

André serpente à vélo sur une route verdoyante, un long plan séquence d’ouverture où s’égrène le générique. Le film prendra son temps, celui de ces êtres en expectative. La caméra caresse leurs visages, saisit leurs mains ou leurs pieds, souvent dans la douceur d’un clair-obscur, capte leurs confidences comme leurs silences. Des parties de corps comme si ces êtres étaient fragmentés, éclatés.
Contrairement à l’usine d’aluminium, monumental organisme qui, jour et nuit, dégorge fumées, bruits et lumière, jusqu’à cette poussière que le doigt d’André cueille sur l’appui de la fenêtre qu’il ouvre chaque matin. L’usine qui domine ville et nature, s’impose comme un reproche à tous ces gens qui restent là juste à fumer une cigarette, quelquefois musiquer. Une usine ogre qui mange ses hommes même jeunes comme Cristiano tombé au front de la productivité. Marcia lui prodigue les premiers soins et envoie André, son neveu, chercher quelques vêtements. Sur la table, celui-ci trouve un cahier : le journal de sa vie que rédigeait Cristiano.

S’ouvre un récit en abîme (le titre est incrusté là) alternant rencontres et ellipses où temps et espace se creusent. Avec ces Frères Humains rencontrés sur des plantations, des chantiers, c’est la vie qui se construit, palpite. Naissent aussi des opportunités de travail, car tous partagent cette nécessité de survivre.
Un « Meet movie » !

Ce sera Luizinho. Cascão, en prison après un vol pour échapper à sa cité. Puis Barreto, Renan. Plus tard Nato. Antônio Carlos avant l’amour trop bref avec Ana. À nouveau Cascão à Ouro Preto où vivent Márcia et André. Chaque épisode est rythmé par une balade en bande-son ou en live qui lui donne sa couleur, gaie ou mélancolique.

La lutte est omniprésente, mais sourde, innervant les conversations : l’épopée d’un proche dont le combat, la tâche ont englouti la vie. Une seule fois, Cristiano ira à l’affrontement, verbal, pour réclamer son salaire impayé depuis des mois. Son patron aussi se posera en victime, durement. Lui relaye la malédiction, celle d’un monde partiel où il y a du sable en quantité, mais pas de ciment pour construire comme dans l’anecdote de l’Arabe raconté par Nato qui donne son titre au film.

 

Paru dans le journal n°6 du vendredi 1 décembre

Luc Maechel

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