Cornélius, le meunier hurlant de Yann Le Quellec

France, 2017, 1h42

 

L’atmosphère de conte est créée dès les premières images, revisitant le mythe d’Adam. Un homme vêtu comme un travailleur du XIX°  siècle, sorte de Compagnon faisant son tour de France, s’extirpe d’une plage de sable, comme les crabes qui l’ont précédé à l’écran. Ce film est une sorte de mosaïque. On y trouve la littérature : Cornélius évoque le nom du malheureux meunier Maître Cornille, d’Alphonse Daudet, et, à la fin du générique, celui des Films du Moulin rappelle les Lettres de mon moulin. On y trouve féerie et réalisme : le moulin est construit en un temps record par un homme seul, son fonctionnement est une prouesse, mais se plie aux exigences de la technique. Les époques se chevauchent joyeusement : l’architecture de bois a une touche écologique, les machines sont ancestrales, l’aspect du village est médiéval, les vêtements des habitants mêlent les XIX°, XX° et XXI° siècles, et les musiques sont tout aussi variées.

 

Toute cette fantaisie illustre une problématique éternelle, celle du rejet de l’autre, et des différences jugées inacceptables. Les qualités de Cornélius : force physique hors du commun, intelligence pratique, ponctualité, sens de la justice, ajoutées au service indéniable qu’il rend à la collectivité en fournissant une farine excellente, ne pèsent pas face à son handicap. Victime de  crises d’épilepsie accompagnées de hurlements, le meunier entraîne la panique au village, bientôt suivie d’un  projet d’exclusion, manu militari au besoin. L’aide de Carmen, la fille du maire, improbable conseillère agricole un peu magicienne, séduite par ce taiseux original, ainsi que celle d’un médecin lucide, pessimiste et résigné, plutôt hors normes lui-même (Denis Lavant campe une sorte de Céline, médecin des marginaux , porté sur la bouteille) sera-t-elle suffisante ?

 

C’est un film original, tourné dans les paysages magnifiques du cirque de Navacelle, en Occitanie.  Le premier long métrage de Yann Le Quellec touche à un problème essentiel à la survie de l’humanité, l’acceptation des différences.

 

Paru dans le journal n°5 du jeudi 30 novembre

Marie-Antoinette Vacelet et Nicole Labonne

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