Les garçons sauvages de Bertrand Mandico

France, 2017, 1h50

 

N’ayez pas peur des pauvres, des classes laborieuses. Aujourd’hui, le danger vient d’ailleurs. Il porte des masques. Celui des bonnes convenances. Et d’autres, également, arborant de grands sourires. Un démon arrive chez les cols blancs : il s’appelle “Trévor”.

Ces garçons cultivés, enfants de bonnes familles, c’est à la ville et à l’école qu’ils sont le plus barbares. Shakespeare en a fait des monstres, les belles lettres leur ont retourné la tête, et ôté le cœur.

Quelle punition pour les crimes de ces enfants bourgeois ? Il leur faudra partir, pour un moment : pour deux mois, leur a-t-on dit… Ils ont mutilé des corps : il leur faudra s’exiler, couper les ponts, et être attaché sur un bateau.

Nous sommes dans le brouillard, avant même de monter à bord, et une fois en mer, accrochez-vous bien aux  chaînes ! Les garçons, portés par les vagues, sont à la dérive, et le capitaine les emmène vers l’île aux plaisirs…

Là-bas attend Séverine, mais appelez-là “docteur Séverin”. Si leurs crimes étaient barbares, leurs vices abyssaux, le remède pourrait bien être pire que le mal. Ils se surprennent, découvrent de nouvelles pratiques… Tout se confond, et dans un curieux mélange des genres, l’affreux Trévor se transforme. Le groupe pourrait bien se séparer, et l’on ne sait plus qui mène la danse… d’ailleurs, où est donc passé le capitaine ?

Ce film, qui contient des scènes de cruauté, de barbarie, de viol, se déroule pourtant avec un rythme lent, dans des paysages luxuriants, et sur une musique douce. L’horreur devient banale, la responsabilité se dilue dans le groupe : elles impreignent la pellicule, et viennent toucher l’oeil du spectateur.

Film dérangeant, choquant, mais pas glauque pour autant. Ces Garçons sauvages, c’est une orange mécanique en noir & blanc, un fruit vénéneux tombé d’un arbre aguichant.

Des scènes en couleurs, visions oniriques et surprenantes, s’ajoutent à la longue hallucination : difficile de savoir combien de couches de rêves se superposent alors au délire… mais qu’importe, car le réel n’a déjà plus cours sur l’île !

 

Paru dans le journal n°7 du samedi 2 décembre

Guillaume Riether

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