London Calling de Raphaël Botiveau et d’Hélène Baillot

France, 2017, 16 minutes

 

Juin 1940. L’avance foudroyante des Allemands enferme des milliers de soldats alliés dans la poche de Dunkerque. Quelques Français errent sur ce front de mer chaotique cherchant un moyen d’atteindre l’Angleterre.
La tentation était séduisante : trois vrais migrants de la Jungle de Calais endossent ces rôles de Français bien de chez nous – Belmondo, Marielle et Périer dans Week-end à Zuydcoote (Verneuil, 1964) – et jouent une variation de ce thème.

La mise à distance est narquoise et assumée : c’est un film du Fresnoy, pas une superproduction. Des uniformes d’époque, mais des accessoires modernes. Une tente « Don Quichotte » remplace l’ambulance, un smartphone la radio.

Les migrants s’invitent en surimpression dans les images de débâcle : des écrans de smartphone glissant sur les champs de bataille au rythme d’une musique inspirée de Maurice Jarre. Les dialogues reprennent des répliques du film colorées par ces accents venus d’ailleurs et les communiqués annoncent la progression de la Wehrmacht comme l’imminente chute d’Alep. Eux préfèrent la musique, celle de chez eux : temps de suspension dans cette attente qui noue leur quotidien.

La scène du tri « Anglais à droite, Français à gauche » traverse le temps avec la brutalité du jugement dernier qui envoie vers le paradis ou l’enfer…

 

Paru dans le journal n°6 du vendredi 1 décembre

Luc Maechel

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