Les Lumières de la Ville, Charlie Chaplin (1931)

Chaplin, ou l’art de la synergie

 

Comment décrire un film aussi complet que Les Lumières de la Ville en quelques lignes ? Ce chef-d’œuvre de Chaplin se démarque par une étonnante simplicité scénaristique en retraçant avec finesse la romance naissante entre Charlot et une jeune vendeuse de fleurs aveugle. Jusque-là, rien de bien compliqué. Mais là où le génie du maître du burlesque se trouve est dans sa capacité à créer une synergie remarquable entre des personnages complexes et des scènes humoristiques intemporelles. L’ensemble nous propose un rendu d’une agréable légèreté malgré un fond sérieux et loin d’être dénué de messages tout en ouvrant le débat sur des thématiques qui traversent les époques.

 

Image du film Les Lumières de la ville

 

Si je devais choisir un des thèmes à traiter, ce serait celui de la bande-son. N’étant pas expert en la matière, je vais tout de même essayer d’apporter un regard sur ce qui fait l’essence même du film, au-delà de l’image, s’inscrivant dans un net refus d’avoir recours au dialogue malgré l’avènement du cinéma sonore quelques années auparavant. L’avantage de Charles Chaplin au-delà de sa qualité de réalisateur est son rôle parallèle de compositeur et donc sa capacité de mettre en place des sonorités qui collent parfaitement à l’écran, un savoir-faire qui à ma connaissance se fait bien rare à l’heure des superproductions. Le paradoxe qui a germé dans mon esprit est que ce n’est ni le visuel ni la bande originale seules qui m’ont le plus marqué dans Les lumières de la Ville à la différence de films d’aujourd’hui comme Intersellar (2014) de Christopher Nolan, que je n’ai pourtant pas visionné plus de fois. De mon point de vue, dans cet exemple et malgré une qualité remarquable d’image, le son s’est placé à un niveau bien plus haut là où Chaplin a su garder un équilibre. Un accord parfait a été créé, permettant de penser au film Les Lumières de la Ville comme un ensemble (l’image et le son étant indissociable), à Interstellar où l’on oppose le film de Nolan à la bande-son de Hans Zimmer. Aujourd’hui, le dialogue ajoute au visuel un poids qu’il a été nécessaire de compenser par des musiques ayant bien plus d’impact qu’avant et même si celle-ci s’intègre bien, elle n’a plus sa qualité d’accompagnement dans bien des cas. C’est pour moi l’impact le plus fort que j’ai pu ressentir dans cette “Comédie romantique en pantomime”, sonorités et visuels en telle harmonie qu’on ne dissocie pas les deux. Je me souviens des lumières de la ville comme une parfaite alchimie, sans fausses notes et d’une inoubliable simplicité.

 

Jérôme Ketterer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *