Niñato d’Adrián Orr

Espagne, 2017, 1h12

 

Ou la chronique d’une vie ordinaire pourrait-on rajouter !

Dès le début, on suit caméra à l’épaule Niñato (gamin en espagnol), jeune père célibataire et sans emploi, passionné de rap et élevant ses deux enfants, chez sa mère avec sa famille.

La caméra d’Adrian Orr suit souvent les protagonistes de dos pour nous plonger en totale immersion dans leur vie, le film oscillant constamment entre le documentaire et la fiction.

Niñato essaie de concilier les deux univers dans lesquels il gravite, sa vie familiale d’une part où on le voit rentrer chez lui, se faire à manger, s’occuper de ses enfants, et essayer de les responsabiliser quant ils feintent pour ne pas aller à l’école ; et sa passion pour le rap où on le voit donner un concert, composer, enregistrer en studio, et gérer sa petite entreprise hip-hop DIY (do it yourself).

Les deux univers ne semblent jamais empiéter l’un sur l’autre et pourtant certains murs de l’appartement exigu qu’il occupe avec sa famille sont remplis de tags et de graffitis. Même les enfants, surtout Oro le plus petit avec qui Ninato a le plus de complicité, essaient d’imiter leur papa en écrivant des paroles et en jouant de la musique avec leurs jouets.

C’est avec Oro d’ailleurs que Niñato semble avoir le plus d’affection, Oro qui semble être quelque fois un enfant difficile et qui a le plus besoin de son père, sa grande sœur ayant déjà passé l’épreuve de la responsabilisation.

Parabole juste et émouvante sur le passage à l’âge adulte, sur la façon de concilier sa vie de famille, ses passions et même ses amours, Niñato dresse le portrait d’un homme qui gère tout cela avec droiture, passion, amour et dignité. A l’image des deux derniers plans magnifiques : Oro traversant la route pour aller à l’école, comparable au premier plan du film, où son père la traverse également… et le dernier regard de Niñato digne et modeste, exprimant toute la détermination et l’amour qu’il porte respectivement à ses projets et à sa famille, malgré les aléas d’une vie… ordinaire !

 

Paru dans le journal n°5 du jeudi 30 novembre

Jérôme Baverey

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