Requiescat in pace de Fabian Prokein

Allemagne, 2017, 19 minutes

 

Une ville la nuit, l’horloge d’une gare, une vieille demeure, un vinyl qui tourne, un train électrique…

Dès ces premières images et plans sur des objets, pour certains d’un autre temps, le film de Fabian Prokein annonce la couleur à savoir un certain cinéma fantastique auteuriste aux accents baroque.

De fantastique il est question puisque Lukas, seul dans la maison qu’il vient vraisemblablement d’hériter de son père et entouré de nombreux cartons sûrement remplis des objets de toute une vie, se voit extirpé de ses pensées par un bruit assourdissant.

Sur le pas de sa porte apparaît une jeune fille, telle la Fille de Nulle Part de Jean-Claude Brisseau, trempée jusqu’aux os et pieds nus avec dans les mains un poisson rouge (nous ne sommes pas très loin non plus, sur le papier en tout cas, du cinéma de Kyoshi Kurosawa).

La recueillant, Lukas va commencer à se confier à cette « fille de nulle part » qui ne dit mot (si ce n’est son prénom Laila). Sur son père qu’il n’affectionnait pas plus que ça et inversement, sur ses affaires dont il pense à se débarrasser ainsi que sur ses amours perdus…

La thématique de la transmission imprègne totalement ce court-métrage. Doit-on culpabiliser de faire table rase du passé ? Les meubles et les objets sont ici comme des spectres questionnant les scrupules à se séparer des choses, de « collections » témoignant de toute une vie de passions et d’archivage.

On pourrait presque se demander si Lukas ne fantasme pas cette intrigante interlocutrice, si le visage de Laila ne serait pas celui de Seline (à qui le film est dédié), la fille dont Lukas était amoureux. D’ailleurs, Lukas ne serait-il pas le double fictionnel du réalisateur ?

Notre « fille de nulle part » semble permettre à Lukas d’y voir plus clair quant à cet héritage familial qui ne va pas se limiter qu’à du foncier et des objets matériels mais va se transformer en cadeau empoisonné, en lien filial maudit quand la vérité sur un fait-divers local va se révéler à lui ; le tragique de la situation étant parfaitement orchestrée par la musique de Gustav Mahler.

RIP

 

Paru dans le journal n°4 du mercredi 29 novembre

Jérôme Baverey

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