Rouge Amoureuse de L. Garcia

France, 2017, 23 minutes

 

« Pour prendre part à ton plaisir | Je me colore de douleur… ». Paul Éluard ouvre le film, la pleine lune ouvre le bal d’un sabbat glam rock, où Titania et Obéron se confondent. Maquillage de suie et de sang, strass et travestissement dissimulent moins qu’ils n’affichent les sentiments les plus désespérés, les désirs les plus violents, les souffrances les plus exquises.

 

Surréalisme et romantisme noir, les rues de Dole prennent les airs et les couleurs baroques de la Venise d’Edgar Poe, nocturne et sauvage théâtre d’ombres et d’épouvante. Tous les chats, tous les démons sont noirs comme charbon, leurs cris d’extase et d’ardeur rougeoient comme tison, et l’aiguille d’un talon scintille et s’aiguise comme une lame de stylet. La nuit protège tous les crimes, et l’aube complice les couvre de pétales et de brume jusqu’à en effacer les traces. Au point du jour les pigeons roucoulent mollement, à petits pas comptés la grisaille du quotidien reprend ses droits.

Mais « que l’Aurore tarde à paraître, que le calme est difficile » chante le berger Titon de l’opéra de Mondonville. Entre cauchemars colorés et terne réalité, le chemin de la liberté semble aussi ténu qu’une sente entre les ronciers. À pas de fée, d’escarpins chaussé(e)… et s’il fallait se dénuer de tout pour s’y faufiler ?

 

Paru dans le journal n°6 du vendredi 1 décembre

Christophe Ottello

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