Three Quarters d’Ilian Metev

Bulgarie-Allemagne, 2017, 1h22

 

Todor, le père, Mila, la jeune adolescente, Niki le garçon rebelle, forment une famille ; la mère est fatiguée, malade, absente en tous les cas. Le père, physicien, vit  avec la pensée de la rationalité qu’il enseigne, Mila se concentre sur sa prochaine audition de piano, Niki et Kala son ami déambulent, défient la morosité de l’école, des normes imposées. Niki voudrait inventer un monde à la mesure de l’énergie qui bout en lui.

 

Les plans rapprochés laissent deviner une entrée d’immeuble, une montée d’escalier, un vestibule…  La bande son complète : bruit de porte, de souffle, du couteau à légumes qui tranche sur la planche.

L’écran  est souvent  partagé en trois zones, deux dans une demi-obscurité, la troisième dans la lumière,  où vient se découper en ombre chinoise un personnage. Un jeu de miroirs ou de vitres permet le surgissement d’un autre, annoncé par son ombre projetée. Todor, Mila et Niki sont dans le frôlement des uns des autres, plus que dans une réelle présence, même si celle-ci est ardemment souhaitée.

Lors des leçons de piano, chez une pianiste bienveillante et rassurante, l’image,  parcellaire ou économe, suggère l’étroitesse des appartements des Bulgares. Les intellectuels, en 2009 encore, étaient logés petitement. Mais dans ces immeubles de la Bulgarie communiste, des HLM gris et délabrés, on vit et travaille avec une rare persévérance.

 

Et puis il y a comme des apnées, là où la scène s’interrompt, des ellipses narratives qui soudain inquiètent, bouleversent l’accommodement du père et des enfants aux jours qui pèsent trop parfois.

 

En plus du piano de Mila, des dialogues à trois voix, la bande son  fait entendre la vie du dehors et des rues ; les enfants les parcourent à pied, le père avec son vieux vélo.

 

Un jour…

 

Traverser les forêts, grimper, vaincre le souffle coupé, dans la lumière des montagnes Rhodopes, retrouver la joie d’être trois. Ils avancent, sur les pas d’Orphée  qui ramène Euridyce des Enfers vers le Royaume terrestre.

 

Paru dans le journal n°4 du mercredi 29 novembre

Josiane Bataillard

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