Water Folds de Jung Hee Biann Seo

Corée du Sud, 2017, 17 minutes

 

Water folds, les plis de la mer, ne sont pas juste les vagues. Ce sont les rides des femmes de l’île de Jeju, en Corée du sud, qui depuis toujours plongent en apnée, hiver comme été, pour récolter des fruits de mer et gagner leur vie.

Elles ont pour la plupart entre soixante et quatre-vingts ans, pataudes sur terre, engoncées dans des combinaisons usagées comme elles, mais retrouvant une fluidité gracieuse dans l’eau. L’image prend alors des couleurs oniriques, soutenue par un fond sonore lancinant. Le décor noir et blanc de roches volcaniques luisantes, de vagues grises, de lames éclatantes, s’efface au retour, happé par un soleil blanc qui essore les dernières gouttelettes.

Biann Seo filme le quotidien des plongeuses de l’île. Habillage, ceinture, palmes, filet à la taille, outils en main pour extraire des rochers, poulpes et oursins. Plongées répétées, entre dix et vingt mètres chaque fois, à la limite du danger. Et la joie du filet rempli de crustacés au retour, vendus sur le champ, transformés en argent frais.

Elles sont fières et joyeuses, les commères de Jeju, car elles ont un job qui nourrit leur famille. Elles chantent avant de plonger, rient et caquettent entre elles. La mer, elles la connaissent depuis si longtemps, depuis le temps où, petites, elles plongeaient en sous-vêtements, bien avant d’adopter la combinaison : « Elle est comme nous, la mer, elle peut être calme, ou nerveuse, elle crie ou elle chante… ». Une solidarité féminine, en somme.

 

Paru dans le journal n°7 du samedi 2 décembre

Nicole Cordier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *