Café Togo de Grégor Kasper et Musquiqui Chiying

Au nord de la capitale allemande, si on dit du quartier de Wedding qu’il est « africain », c’est parce que les rues, les squares, les places portent des noms d’États, de villes ou de rivières du continent Noir. Le quartier abrite aussi des endroits nommés selon des personnages dénoncés pour leurs méfaits durant l’époque coloniale. Ainsi, Lüderitzstraße, Nachtigalplatz et Petersallee renvoient respectivement à Adolf Lüderitz,  Gustav Nachtigal et Carl Peters : le premier, Adolf Lüteritz, marchand, acquéreur et vendeur de terres africaines est considéré comme un des instigateurs du colonialisme allemand ; le deuxième, Gustav Nachtigal, plaça le Togo et le Cameroun sous protectorat allemand et le troisième, Carl Peters, cruel et sanguinaire, fut tout simplement réhabilité par les Nazis à titre posthume. C’est à une tâche d’éclairage historique, de réécriture de l’Histoire même, que vont s’atteler les cinéastes Musquiqui Chihying et Gregor Kasper en suivant l’activiste Abdel Amine Mohammed. Celui-ci propose des visites guidées dans le quartier pour raconter les histoires des personnages qui ont donné leur nom aux lieux, mais aussi d’y mêler des éléments de sa vie personnelle, de ses parents venus du Togo. Il a pour but d’éveiller les consciences des habitants et de faire pression pour que les choses changent. Les auteurs du film optent pour une forme éclatée, en split screen, en noir et blanc, qui mêle documentaire (les extraits des visites commentées d’Abdel Amine Mohammed), fiction (les dialogues de sourds amusants entre le réalisateur taïwanais Musquiqui Chihying et les protagonistes du film) et interventions théâtrales déguisées dans l’espace public pour un foisonnement théorique et pratique de déconstruction du colonialisme, mais aussi de fermeture définitive de la parenthèse nazie, qui en avait récupéré ses pires symboles.

 

Renaud Sachet

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