De cendres et de braises de Manon Ott

Ce titre poétique illustre Les Muraux, ancien bourg devenu dans les années 60 une cité dortoir, poussée dans un environnement campagnard pour loger les ouvriers de Renault Flins. Le film s’ouvre sur des lumières dans la nuit : celles des grands ensembles. Ensuite, des vues de l’usine, dont les formes géométriques semblent avoir inspiré celles des tours et des barres. La vie ouvrière perdure, quelques plans montrent une chaîne de montage, et une séquence illustre l’action syndicale : des militants distribuent des tracts dénonçant l’emploi systématique d’intérimaires, corvéables à merci. Cette présence active est aussi liée au passé, un couple d’anciens soixante-huitards explique son implantation aux Muraux à cette époque, analyse la précarité présente, et les difficultés pour entraîner dans la lutte. Les habitants d’aujourd’hui, familles, jeunes adultes, sont surtout originaires d’Afrique Noire. Nés Français, ils expriment griefs et regrets, mais aussi leur attachement à la cité. Rejetant la «vie d’esclaves» de leurs parents, ils peuvent tenir à leur «petit ghetto», rêver d’habiter une maison en bord de Seine, ou devenir un rappeur célèbre, bref, construire leur vie. Combat difficile, plusieurs ont connu la prison, admettent leur négligence en ne votant pas même s’ils ont été douchés par le 21 avril 2001. Ils sont ouvriers, vigiles, livreurs…

Le charme du noir et blanc opère dans ce film personnel : airs de saxo, bruits d’usine, musique orientale, tambours japonais, ponctuent les témoignages. Les cendres peuvent symboliser les volumes de décombres des barres démolies, la désindustrialisation, le chômage. Les braises sont celles du feu allumé par ce quinqua assagi qui réfléchit dans la nuit, dans la nature, alimentant la flamme avec des broussailles qui crépitent.

 

 

                                               Marie Antoinette Vacelet, Nicole Labonne

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