Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête d’Ilan Klipper

Bruno est un écrivain, la cinquantaine, célibataire et vivant en colocation dans un appartement du XXème arr. avec sa coloc, une FEMEN délurée.

Menant une vie de patachon, entouré de livres qui s’empilent et de cartons de déménagement jamais ouverts, il n’a de cesse de chercher l’inspiration pour écrire son nouveau roman. Sauf que Bruno semble « bloqué » et plutôt improductif depuis la parution de son roman à succès Le ciel étoilé au-dessus de ma tête il y a… 20 ans.

Vivant comme un étudiant au milieu d’assiettes sales et d’un joyeux « bordel » au propre comme au figuré, notre Big Lebowski voit son quotidien bousculé par la visite groupée de ses parents, son meilleur ami, son ex et une psy qui veulent l’interner au moyen d’une HDT (Hospitalisation à la Demande d’un Tiers) craignant pour sa santé physique et mentale.

Peut-on définir la normalité ? Peut-on définir la folie ? Où sont les frontières de chacune ?

Le premier film d’Ilan Klipper, déjà salué à l’ACID à Cannes cette année adopte le point de vue de Bruno passant du réel à l’imaginaire, la réalisation est « enlevée » et le montage se veut bordélique et dynamique notamment par la nombreuse présence de jump-cuts, décrivant ainsi ce qui se passe dans son cerveau.  On se retrouve à la fois dans le passé, dans le présent, dans le futur et quelque fois même, toutes ces temporalités semblent fantasmées, Bruno croyant dur comme fer que la psychiatre est une fille que ses parents veulent lui présenter.

Ne serait-ce pas les gens dits « normaux » qui sont fous ? La folie de l’autre est souvent définie par notre propre subjectivité et on pourrait penser qu’il existerait presque une pointe de jalousie et d’envie chez ces personnes souhaitant l’interner. Finalement, on se reconnaît tous dans les attitudes et comportements irrationnels de Bruno. En société on adopte un rôle, sans être vraiment soi-même et les gens qui le sont, souvent considérés comme des associaux, des dérangés ou des fous. Est-ce une question de courage dans l’affirmation de soi ?

« Deux choses emplissent le cœur d’admiration et de crainte, le ciel étoilé au-dessus de moi, la loi morale en moi » Critique de la raison pure, E.Kant

Jérôme Baverey

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