Le sang noir de Safia Benhaim

Une nuit, un homme raconte à ses enfants une étrange histoire de chasse : la disparition de son ami Jonathan, parti seul dans la forêt pour traquer un cerf qui l’obsédait. Hanté par son absence, l’homme retourne chasser dans les montagnes des Cévennes, sur les lieux de cette disparition. Il cherche obstinément à comprendre la disparition du cerf et de son ami. Pour cela, il faut rester à l’affût, « attendre si longtemps que le temps s’arrête ».

Entre documentaire et film fantastique, dans un univers de nuit, de brume, de forêt, simplement égayé par les gilets fluos des chasseurs, ou la fougue joyeuse des chiens, la réalité s’estompe. La neige remplace les couleurs fauves de l’automne. Jonathan réapparaît, mais est-ce un rêve ? A force de pourchasser le cerf, de le sentir, de le comprendre, l’osmose avec lui s’opère.

Le sang noir, c’est le sang du cerf en rut, tué lors de la chasse, mais aussi celui qui coule dans les veines du chasseur à l’automne, celui de l’homme des bois, du loup-garou, du possédé. S’adonner à la chasse, c’est s’abandonner au flux sauvage, risquer de passer sous son empire.

La bande-son est cohérente avec le film : hululements, aboiements, galops, choc des bois entre eux, craquements de feuilles, coups de feu. Et en majesté, le brame du cerf, ce son rauque et puissant, qui exprime toute la sauvagerie du monde animal.

Nicole Cordier

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