L’île des morts de Benjamin Nuel

Dans la continuité de Miyubi en 2017, Entrevues nous présente cette année encore un court-métrage interactif en réalité virtuelle (VR). Pour rappel, la VR est une technologie qui permet l’immersion complète dans un monde virtuel grâce à un casque 3D avec détecteurs de mouvements, qui isole le spectateur du monde extérieur : lorsqu’il bouge la tête, l’environnement « virtuel » qu’il observe se déplace en conséquence… comme s’il était « réellement » en son sein.
Un environnement virtuel dont on maitrise la traversée… Quoi de plus cinématographique ? .

 

Pour Miyubi, nous prenions la place d’un robot japonais, centre de toutes les attentions d’une famille américaine, façon aparté théâtral à 360 degrés.

 

Pour L’Île des Morts, le voyage est tout autre. Primé à la Mostra de Venise 2018 – sélection réalité virtuelle, l’œuvre de Benjamin Nuel nous plonge dans le tableau éponyme d’Arnold Böcklin, et nous invite à accomplir nous même le voyage vers ses fameux rivages. Sommes-nous spectateur de cette migration funeste, ou s’agit-il de notre propre voyage…?

 

L’Île des Morts se différencie des autres œuvres en Réalité virtuelle par la force de sa narration omniprésente, de sa scénographie parfaitement maîtrisée : on choisit à tout moment ce que l’on regarde, mais la mise en scène des décors et événements sait comment recentrer subtilement son propos, et guider le spectateur dans ce voyage onirique.

 

Entre visite guidée et traversée contemplative, Benjamin Nuel joue avec l’expérience de son spectateur tout en transposant les codes du cinéma contemporain, donnant par la même occasion ses lettres de noblesses à la réalité virtuelle et son potentiel cinématographique.

 

Tantôt tributaire des événements, tantôt libre, le regard du spectateur cherche sa place dans le bouleversement qu’est la traversée, pour trouver la paix dans un final d’une grande beauté. L’Île des morts est prête, elle nous attend, le voyage peut commencer. Rejoignez-la le temps d’une escale.

 

Thibaud Martin et PH Schorr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *