Ma belle jeunesse de Aliona Zagurovska

Kharkov, Ukraine 2018

Une atmosphère religieuse et sereine dans l’église, à l’extérieur une vie ordinaire se déroule, chacun suit sa destination et respecte la loi.

Dans la même ville, à l’hôpital psychiatrique, des patients préparent Noël et le Nouvel an. La plupart d’entre eux étaient à l’armée, certains sont vraiment malades, d’autres ont fait des tentatives de suicide et quelques uns simulent pour échapper à la guerre.

Une vie extraordinaire en dehors de l’hôpital, une liesse dans toutes les rues à la veille du Nouvel an. Une joie circule, mais un groupe de militaires en uniformes hideux, gâche cette belle image.  Kharkov l’ancienne capitale : un « bourbier » ou une ville bien aimée ? L’homme qui harangue la foule est un patriote convaincu.

De retour à l’hôpital, on ressent une tristesse et un mécontentement qui suintent des murs, des couloirs et des chambres.
Une sorte de prison.
Les patients, enfermés, voudraient faire la fête avec leurs familles, leurs enfants…
Mais ici, la véritable prison c’est la guerre. Celle avec la Russie.

La boite de nuit où s’exhibent des Pères Noël en short sur un rythme techno, montre un autre aspect de la fête. On boit, on danse, on s’abrutit de musique forte, pour vivre sa jeunesse coûte que coûte ? Pour rompre certaine solitude ? Pour oublier

Non loin de là, une vieille dame, veuve, essaie de subsister dans ce nouveau monde, toujours attachée à la terre et aux traditions. Le rouge des pères noël et le rouge du fichu de cette femme sont un écho lointain à la Révolution.

Aliona Zagurovska met en regard la quête d’une paix  spirituelle, l’envie de vivre et de fêter, et la politique gangrénée qui pèse sur les jeunes hommes

L’Ukraine contemporaine s’appauvrit, s’aliène, les images d’elle-même se bousculent, comme quand la réalisatrice confie sa caméra à Lila, patiente de l’hôpital psychiatrique, qui n’a plus que ses mots pour dire l’ordinaire des jours et le cauchemar de l’enfermement .Qu’il soit celui de l’hôpital ou celui de la caserne.

 

Merouane Krouchi

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