Para la guerra de Francisco Marise

Des images satellites en noir et blanc, une musique militaire : ça pourrait être le Vietnam mis en scène par Hollywood, c’est Cuba en 2017. Le 4/3 s’ouvre en 16/9 avec le bruissement de la jungle, puis le moteur d’un avion. De beaux plans entre ombre et lumière. Un dialogue avec le hors-champ qu’on occulte, celui où l’ennemi est à l’affût, omniprésent, invisible et silencieux. Et le mystère de cet homme pour le réalisateur, car « les armes requièrent de l’esprit comme les lettres » (Cervantes). Alors ces gros plans d’une intense proximité pour sonder ce visage de guerrier : Andrés Rodríguez Rodríguez dit Mandarria ou El Rayado, un vétéran des forces spéciales cubaine en Angola (1975-77) et au Nicaragua (1983-87). Son bonheur, c’était le bruit et la fureur des combats avec le risque des trous dans la peau. Vivre vite. Et finir vite. Mais pour lui, la guerre n’est plus. Reste le simulacre : son corps sec et nerveux qui restitue inlassablement ses postures de gladiateur dans un coin de jungle. Une araignée pâle dans la luxuriance émeraude qui ravive le souvenir de cette folie rythmée par des cartons : les instructions du manuel des commandos castristes.

Au combat, c’est le silence qu’il redoutait plus que tout. À 61 ans, c’est le silence assourdissant de son destin désormais sans guerre qu’il tente de vaincre. Il téléphone pour retrouver des camarades perdus de vue. Ses appels tombent sur des homonymes inconnus, au mieux sur un parent du mercenaire défunt. Et puis il passe et repasse les vieilles VHS des parades, des démonstrations dans les stades où la propagande de Castro adoubait des guerriers de quinze ans. El Comandante aussi est mort : l’arc dont Andrès était la flèche, l’astre à qui il avait fait vœu de violence.

Une fabrique de la solitude, sans maître, sans adversaire… Malgré tout préserver vivace cette énergie désormais sans cause. Par le corps. Un corps machine ? Abyssal.

 

Luc Maechel

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