The Kamagasaki cauldron war de Leo Sato

Voilà un film frontal et sans fioritures, plein d’humour et de tendresse pour les êtres les plus marginaux de la société contemporaine.

Nous sommes aux abords d’Osaka, dans un quartier interlope où fourmillent travailleurs journaliers en route pour les chantiers nucléaires, prostituées de seconde zone, pickpockets, ferrailleurs itinérants, vendeurs à la sauvette, joueurs de dés, acteurs ratés, orphelins et yakuzas d’opérette. Survie est le mot d’ordre pour chacun d’entre eux.
Les autorités locales, mafieux, policiers et promoteurs immobiliers sont prêts à tous les coups pendables pour faire raser les taudis et se débarrasser des résidents.

On retrouve les thèmes chers au néo-réalisme : questions de paternité, d’intégrité, d’honneur blessé. On sent un réel amour du burlesque, du cinéma primitif. Si on cherchait des références, on pourrait parler d’un Opéra de quat’sous filmé dans le style des années 1930 par un Kitano nourri de Ken Loach.

L’intrigue se noue autour d’un triangle amoureux et la quête improbable et frénétique d’une marmite de cérémonie, qui met tous les protagonistes en concurrence directe. C’est l’avenir même du quartier qui se joue ; la paranoïa s’installe et la menace d’une émeute gronde dans chaque clan. Cette fragile société est aussi un reflet de la nôtre : l’ennemi sème la discorde et reste invisible. Pendant que les plus pauvres s’entredéchirent, les financiers et les politiciens se partagent le trésor de la honte, de l’injustice et de la misère. Où sont les vrais voleurs ? Sur cette question essentielle, qui pourrait plomber le discours du film, le réalisateur choisit le ton de la légèreté, et c’est paradoxalement en ceci que le message du film gagne en puissance et en vérité.

J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à faire la connaissance de ces gens qu’on ne veut pas voir, à apprécier leurs failles, leur noblesse, leur humanité, et à vous laisser emporter par cette fougue désespérée, par cette soif d’amour et de revanche sur la vie, et contre la fatalité.

PH Schorr

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