Winter’s night de Woo-Jin Jang

« Le tout est plus grand que la somme des parties qui le composent », d’après Aristote. Et pourtant la vie à deux n’est clairement pas une ligne droite. Et quoi de mieux que cette fameuse expression pour la décrire ? Un couple c’est un peu comme une nouvelle entité issue de deux individus. Un couple a ses victoires, ses rancœurs, ses conflits intérieurs. Un couple grandit, vieillit, change, et passe par des moments de doute, de crise. Et ce sont ces périodes de bouleversements, de transformation que Woo-Jin Jang explore dans Winter’s Night, à travers des images magnifiques. Ici, les obstacles fondent comme neige au soleil pour les uns, tandis que pour d’autres, les non-dits semblent glacer l’atmosphère.

Cher à ce thème de transitions déjà traité sur le plan individuel dans Autumn Autumn, son précédent long métrage, Jang s’attarde ici sur la dimension collective, tout en affinant sa patte artistique. Chez Jang, on se parle peu, ou l’on ne se comprend pas. C’est à travers ces instants de solitude contemplatives que l’on en dit le plus, mais personne n’est là pour le voir, sauf nous spectateurs. Exercice qui pouvait s’avérer difficile par le passé, le réalisateur, dissémine çà et là de nouvelles clés de lecture, et flirte avec le surnaturel : les couples qui s’y croisent, déjà sans se voir, présentent d’étranges similitudes, à une génération près ; De vieilles connaissances apparaissent et disparaissent au moment le plus chargé de sens ; on passe et repasse devant nos objets égarés tels des mémentos des amours passés.

Mais la fatalité fait-elle sens en amour, ou ne sommes-nous finalement pas tous, toutes proportions gardées, nos cupidons et nos bourreaux ? Question épineuse s’il en est, Aristote, à cette heure, ne s’est toujours pas prononcé.

 

Thibaud Martin

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