A voir… à tout prix !

Vendredi 22 novembre, 20h : Hors de Prix, Pierre Salvadori

Amour impossible 

Comme toute bonne comédie romantique, Hors de prix se construit sur un quiproquo : Jean, serveur timide d’un grand hôtel, passe pour un milliardaire aux yeux d’Irène, une petite poule de luxe qui jette son dévolu sur les pigeons fortunés.

Quand elle découvre qui il est réellement, elle le fuit aussitôt. Mais Jean, amoureux, se lance à sa poursuite et la retrouve sur la Côte d’Azur. Rapidement ruiné, il finit par adopter le mode de vie de celle qu’il aime et s’installe comme homme de compagnie dans un magnifique palace.

Ce nouveau statut le rapproche d’Irène qui accepte enfin sa présence. Elle lui donne alors des conseils et sans s’en rendre compte, s’attache de plus en plus à lui…

Jean et Irène

Un jeu dangereux 

C’est vraiment une comédie sympathique que nous donne à voir Pierre Salvadori. Nous avons affaire à des personnages se sentant en fait seuls dans la vie. Irène vient de Saint-Brieuc, « où il pleut tout le temps ». Elle n’est pas partie de grand chose, mais son joli minois lui permet d’arriver à se faire remarquer par quelques milliardaires solitaires. Chacun y trouve son compte. Toutefois, se faire entretenir ne rend par forcément heureux et Irène en fait parfois l’amère constatation car pour elle l’existence est une perpétuelle aventure. Elle ne sait pas ce qu’est aimer, car seuls le luxe et la fête sont ses principaux pôles d’intérêts. Peut-être n’a- t-elle jamais été aimée? 

Jean est un homme terne, complexé et sans relief, le type même de celui qui n’aura jamais la moindre chance de se faire remarquer par une femme. Et le voilà tout à coup aux pieds d’une merveilleuse créature! Etant avant tout un homme, il lui faut des moyens financiers afin de pouvoir conquérir cet être inespéré. Une riche veuve, en mal de compagnie vient alors incidemment à son secours et Jean, qui a reçu des cours de séduction par Irène. C’est alors que va s’engager une véritable partie d’échec entre le jeune homme et Irène, tous deux consentants pour mesurer leurs propres influences.

Léger comme une plume 

Le film de Pierre Salvadori est léger comme une plume et pétillant comme une bulle de champagne. C’est que le cinéaste connaît et assume ses références : dans Hors de prix, on est chez Lubitsch ressuscité et francisé, où les dialogues font toujours mouche, où l’on rit avec les personnages, et non à leur détriment, et où l’humour puise son inspiration dans un contexte social finement suggéré. 

Il est d’ailleurs amusant de noter comment Hors de prix traite à sa façon de l’obsession numéro un du cinéma d’humour français : l’argent.

Jean et Irène sont des perdants – comme la plupart des anti-héros des films de Pierre Salvadori, dans Les Apprentis, Comme elle respire ou Après vous. Le cinéaste place des personnages désespérés dans des situations sordides et parvient à y insuffler suffisamment d’humour pour que chacun en ressorte grandi. À la manière de Capra, son talent réside dans son aptitude à porter sur le monde un regard résolument généreux, où le cynisme n’a pas droit de cité. Ce qui, dans un film ayant pour décor la jet-set de la Côte d’Azur, n’est pas une mince affaire. Jean n’a pas d’argent mais prétend en avoir pour séduire la femme qu’il aime ; Irène est tout aussi fauchée et pense que la seule façon d’être heureuse est de soutirer un maximum de fric à des hommes qu’elle n’aime pas. Pour arriver à ses fins, Jean devra s’abaisser au niveau d’Irène, en devenant gigolo à son tour, il tend ainsi à la jeune femme un miroir peu reluisant. Le talent de Salvadori résidant entre autres dans sa capacité à suggérer la cruauté et la détresse qu’implique une telle situation sans jamais avoir recours au pathos.

Et pétillant comme une bulle de champagne

Tout un pan de l’histoire du cinéma incarné par deux acteurs dont l’alchimie n’a rien à envier à leurs modèles, une bien jolie façon pour Pierre Salvadori de proclamer son amour du 7e art. Sous ses airs de comédie hollywoodienne, Hors de prix est un film sur le plaisir de la mise en scène, du jeu, des faux semblants. À voir Irène promulguer à Jean divers conseils plus ou moins avisés sur la façon d’être un parfait séducteur, à regarder Jean se faire constamment passer pour ce qu’il n’est pas : un milliardaire, un gigolo, un prince ; à se plier de rire devant les minauderies d’Irène usant de mille et un stratèges pour parvenir à ses fins. 

Ce qui intéresse Salvadori en premier lieu, c’est « cette sorte de film » dans le film, cette valse de clins d’œil et de correspondances entre passé et présent, cette étourdissante mise en abyme qui consiste à faire jouer à des acteurs des personnages qui s’inventent des personnages… Effets de miroir, jeux de double, Pierre Salvadori comble d’une pierre, deux coups les amoureux du cinéma et les amoureux tout court.

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