Un instant dans la vie de Cléo

Lundi 25 novembre, 12h15 : Cléo de 5 à 7, Agnès Varda

Une journée dans la vie d’une icône 

L’action se déroule en temps réel à Paris. Cléo, une jeune et belle chanteuse plutôt frivole, craint d’être atteinte d’un cancer. Il est 17 heures et elle doit récupérer les résultats de ses examens médicaux dans 2 heures. Pour tromper sa peur, elle cherche un soutien dans son entourage. Elle va se heurter à l’incrédulité voire à l’indifférence et mesurer la vacuité de son existence. Elle va finalement trouver le réconfort auprès d’un inconnu à l’issue de son errance angoissée dans Paris.

L’attente incertaine

Dans l’un des plus beaux moments du film, Cléo est adossée au piano, Michel Legrand joue un air magnifique et la caméra s’approche d’elle. Elle chante, ses larmes coulent, la caméra se resserre sur son visage et il n’y a autour plus que du noir : elle apparaît là dans toute sa nudité. A l’image il n’y a plus qu’elle et ses larmes, rien derrière, rien devant, rien à gauche, rien à droite. L’univers policé, doucement snob et terriblement superficiel dans lequel elle était plongée au début du film n’existe plus. Ses objets y sont soustraits, le noir de l’écran les a remplacé. Cléo perd de son faux statut d’icône, elle a la tête sombre, les yeux veufs et solitaires. Dans 90 minutes, elle saura ; comme si elle ne savait pas déjà qu’à côté de ce piano, la mort était auprès d’elle.

L’art, la Vie, et la Mort 

« Clé de 5 à 7 » est un film matérialiste. Son intrigue avance en fonction d’objets clefs, de toutes natures, parcourant le chemin erratique de la belle et précieuse Cléo, vers ce qu’elle pense être la mort. Et chaque objet, une caisse en verre contenant un nouveau-né, un masque effrayant, un miroir brisé, une perruque délaissée, questionnent chacun l’Art, la Vie et la Mort en ne cessant de les mêler, de les entremêler et de se révéler leur propre morbidité. Ce que cherche Cléo dans Paris c’est la manifestation de la mort qu’elle ne fait qu’attendre, cette mort que ces objets devenus soudain funèbres lui promettent tant en se mettant sur son chemin. Varda filme merveilleusement cette idée, ce passage douloureux de la futilité de Cléo vers la gravité, scrute son visage qui change et le reflet dans ses yeux de ces objets là. L’intrigue du film est minuscule et c’est celle-ci : Cléo marche pour s’en aller trouver la mort qui doit l’attendre jusqu’au bout, à 18h30. L’intrigue du film, c’est la mort elle-même

La beauté du monde extérieur 

« Cléo de 5 à 7 » est aussi le film d’un glissement progressif, le basculement d’un monde qui se soustrait au gisement du noir, dépourvu de vie et d’affects, vers quelque chose de plus abstrait, de plus liquide, de plus poétique : par hasard des plans s’ajoutent, ils montrent des gens dans toute leur beauté qui discutent de choses savantes et de choses moins savantes. Ce qui est filmé c’est le regard de Cléo, qui ne les a jamais vu, ces gens, et qui maintenant les voit, les regardent, s’attarde sur eux même si c’est une toute petit chose. En ce sens que le film est peut-être définitivement le plus beau réalisé sur Paris : il semble tenter d’en comprendre le sens caché comme d’en saisir les bouts de vies enchaînés à la vitesse des pas. Ainsi, voir Cléo fuir dans la ville comme les autres, voir son visage qui change et s’assombrit, et puis soudain l’espoir qui traverse une rue vide, la voir découvrir la vie, en somme : c’est une chose à faire, une chose à tenter, à scruter, comme un voyage, une expérience, une promenade quelque part dans un jardin de Paris, et c’est tout simplement magnifique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *