{"id":3620,"date":"2018-04-14T22:33:27","date_gmt":"2018-04-14T20:33:27","guid":{"rendered":"http:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/?p=3620"},"modified":"2018-04-14T22:33:27","modified_gmt":"2018-04-14T20:33:27","slug":"concentration-de-la-presse-et-des-medias","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/2018\/04\/14\/concentration-de-la-presse-et-des-medias\/","title":{"rendered":"Concentration de la presse et des m\u00e9dias"},"content":{"rendered":"<p>Derri\u00e8re une apparente profusion de titres et de chaines, le paysage m\u00e9diatique fran\u00e7ais tend \u00e0 \u00eatre domin\u00e9 par quelques grands groupes m\u00e9diatiques : Vivendi (Canal +, SFR), Bertelsmann (RTL Group, M6), Lagard\u00e8re (BFM, Europe 1, Hachette). <em>Le Monde diplomatique<\/em> en propose une cartographie dans le panorama suivant : <a href=\"https:\/\/www.mondediplomatique.fr\/cartes\/PPA\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">voir<\/a>.<\/p>\n<p>Au sein des entreprises m\u00e9diatiques (presse, t\u00e9l\u00e9vision, radio), une dynamique de concentration s&#8217;est tr\u00e8s fortement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e en France comme au niveau international depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019\u00e9tend, en amont comme en aval, aux services qui sont li\u00e9s \u00e0 ces \u00ab\u00a0assembleurs de contenus\u00a0\u00bb\u00a0(cin\u00e9ma, \u00e9dition, r\u00e9seaux de communication, Internet imprimerie\u2026).<\/p>\n<h4><strong>Une strat\u00e9gie \u00e9conomique <\/strong><\/h4>\n<p>Au sens \u00e9conomique du terme, la concentration est une strat\u00e9gie qui vise prendre des participations dans le capital d\u2019entreprises concurrentes. La fusion ou l\u2019absorption de concurrents au b\u00e9n\u00e9fice de l&#8217;entreprise qui a initi\u00e9 le processus en constituent des degr\u00e9s plus \u00e9lev\u00e9s. Ce faisant, la concentration donne naissance \u00e0 des groupes d&#8217;entreprises, voire \u00e0 des conglom\u00e9rats, lorsque le ph\u00e9nom\u00e8ne de concentration s&#8217;accompagne d&#8217;une strat\u00e9gie de diversification afin, par exemple, de r\u00e9partir les risques sur plusieurs march\u00e9s.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, de telles strat\u00e9gies peuvent compl\u00e9ter ou se substituer \u00e0 ce qui rel\u00e8verait d\u2019un d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur la croissance interne des entreprises. La concentration est dite \u00ab\u00a0verticale\u00a0\u00bb lorsque l\u2019op\u00e9ration vise \u00e0 acqu\u00e9rir des capacit\u00e9s compl\u00e9mentaires sur tout ou partie du processus de fabrication d&#8217;un produit ou d&#8217;un service. Cela peut alors concerner des fournisseurs, en amont, aussi bien que des distributeurs\/diffuseurs, en aval. La concentration est qualifi\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019horizontale\u00a0\u00bb lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019absorber des entreprises semblables en vue, par exemple, de r\u00e9aliser des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle.<\/p>\n<h4><strong>Favoris\u00e9e par des facteurs l\u00e9gislatifs, \u00e9conomiques et technologiques<\/strong><\/h4>\n<p>Mais comment expliquer l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne de concentration \u00e0 l\u2019\u0153uvre au sein des entreprises m\u00e9diatiques\u00a0? On consid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 rendu possible par une forme de d\u00e9r\u00e9gulation permise par des \u00e9volutions l\u00e9gislatives. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas notamment en France avec la fin du monopole de l&#8217;audio-visuel public (loi de 1982). De nombreux pays occidentaux ont connu une telle d\u00e9r\u00e9gulation, \u00e0 la suite des politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales qui s\u2019exprim\u00e8rent initialement aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne. Cependant, d&#8217;autres causes influ\u00e8rent fortement, puisqu\u2019au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, de profondes \u00e9volutions ont mis en p\u00e9ril le mod\u00e8le \u00e9conomique dominant des entreprises m\u00e9diatiques. Celui-ci est traditionnellement fond\u00e9, c\u00f4t\u00e9 annonceurs, sur la publicit\u00e9 et, du point de vue de l&#8217;audience, sur le consentement \u00e0 payer pour de l&#8217;information.<\/p>\n<p>Sur ce march\u00e9 \u00e0 deux faces, le premier volet de la crise se caract\u00e9rise ainsi par une baisse continue des recettes publicitaires globales enregistr\u00e9es par le secteur de la presse traditionnelle. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e0 l\u2019\u0153uvre depuis plusieurs d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0 mais n\u2019a fait que croitre depuis qu&#8217;internet fait figure d&#8217;alternative et absorbe une partie des budgets que les entreprises allouent \u00e0 ce poste de d\u00e9pense. Plus r\u00e9cemment, la situation s&#8217;est encore aggrav\u00e9e, sous l\u2019effet de la crise de 2008 qui a durablement affect\u00e9 les d\u00e9penses en communication des organisations.<\/p>\n<p>Par ailleurs, du point de vue de l&#8217;audience, une culture de la gratuit\u00e9 s&#8217;est peu \u00e0 peu d\u00e9velopp\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les pratiques informationnelles sur Internet laissant penser que l&#8217;information est gratuite. Dans le m\u00eame temps, la diffusion de supports informationnels papier bas\u00e9s sur des mod\u00e8les de financement pay\u00e9s en amont (\u00ab\u00a0journaux gratuits\u00a0\u00bb) ont contribu\u00e9 \u00e0 renforcer cette perception. Dans ce contexte, de nombreuses entreprises de presse ont \u00e9t\u00e9 fragilis\u00e9es et ont d\u00fb consentir \u00e0 des ouvertures de capital sauf \u00e0 mettre en danger leur p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, un troisi\u00e8me ph\u00e9nom\u00e8ne contribue aux fortes tensions qui caract\u00e9risent ce secteur d&#8217;activit\u00e9 et tend \u00e0 favoriser les ph\u00e9nom\u00e8nes de concentration. Celui-ci tient globalement au rench\u00e9rissement du co\u00fbt des infrastructures li\u00e9es aux mutations \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans les technologies de l&#8217;information dans un march\u00e9 o\u00f9 le co\u00fbt d&#8217;entr\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Parall\u00e8lement, la convergence des technologies de l&#8217;informatique, de la t\u00e9l\u00e9communication et de l&#8217;audiovisuel ouvre ainsi de nouvelles possibilit\u00e9s mais tend de plus en plus \u00e0 opposer les producteurs de contenus et les entit\u00e9s qui contr\u00f4lent les infrastructures. Visant une concentration verticale, certains groupes tendent d\u00e9sormais \u00e0 vouloir maitriser l&#8217;ensemble de la chaine de production, \u00e0 l\u2019exemple des op\u00e9rateurs de t\u00e9l\u00e9communication qui cherchent d\u00e9sormais \u00e0 contr\u00f4ler la production des contenus et \u00e0 les diffuser via des canaux sur lesquels ils ont la main.<\/p>\n<h4><strong>Un paysage m\u00e9diatique fortement modifi\u00e9<\/strong><\/h4>\n<p>Un exemple embl\u00e9matique est constitu\u00e9 en France par le groupe de t\u00e9l\u00e9phonie SFR qui utilise des acc\u00e8s aux contenus d&#8217;une quarantaine de titres de presse comme produit d&#8217;appel pour ses abonnements \u00e0 bas co\u00fbt (SFR presse), l&#8217;op\u00e9ration \u00e9tant neutre pour l&#8217;abonn\u00e9 car financ\u00e9e int\u00e9gralement par des diff\u00e9rences relevant de la TVA appliqu\u00e9e. Parall\u00e8lement, SFR a acquis des droits dans le domaine du sport en g\u00e9n\u00e9ral et du football en particulier afin de b\u00e2tir des chaines de t\u00e9l\u00e9vision qui lui appartiennent en propre (SFR sport).<\/p>\n<p>Plus globalement, au sortir de cette p\u00e9riode, de nombreuses entreprises de presse ont \u00e9t\u00e9 fragilis\u00e9es et absorb\u00e9es par des entit\u00e9s dont les m\u00e9dias ne sont pas le c\u0153ur de m\u00e9tier. En France, des groupes tels que Dassault (Groupe Le Figaro), Bouygues (TF1, Bouygues T\u00e9l\u00e9com), LVMH (Groupe Les Echos Le Parisien) sont d\u00e9sormais des acteurs importants de ce secteur alors que leurs m\u00e9tiers initiaux sont respectivement l&#8217;aviation &#8211; notamment militaire &#8211; le b\u00e2timent ou le luxe. La rentabilit\u00e9 des entreprises de presse est si faible &#8211; pour ne pas dire d\u00e9ficitaire &#8211; qu\u2019il n\u2019est pas impossible que de telles prises de participation aient plut\u00f4t pour objectif de peser sur l\u2019agenda m\u00e9diatique national. Parall\u00e8lement, un certain nombre de m\u00e9c\u00e8nes ont fait leur apparition (\u00e0 l\u2019exemple de Xavier Niel et Mathieu Pigasse qui contr\u00f4lent notamment le groupe <em>Le Monde<\/em>) sans qu&#8217;il soit ais\u00e9 de faire la part des choses entre une volont\u00e9 d&#8217;influence, probablement bien r\u00e9elle, et ce qui rel\u00e8ve aussi d\u2019une d\u00e9marche citoyenne.<\/p>\n<h4><strong>Le pluralisme de l\u2019information en question<\/strong><\/h4>\n<p>Globalement, ces ph\u00e9nom\u00e8nes multiformes de concentration donnent lieu \u00e0 de nombreux d\u00e9bats. S\u2019ils ont contribu\u00e9 \u00e0 p\u00e9renniser certains titres et \u00e0 les pr\u00e9server de la disparition, ils posent aussi la question du pluralisme de l&#8217;information, voire de la libert\u00e9 de la presse. En arri\u00e8re-plan de ces questionnements figure \u00e9videmment le r\u00f4le \u00e9minent de la presse et des m\u00e9dias dans la formation de l&#8217;opinion publique et partant, dans la vitalit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques. Si des garanties existent pour pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance des journalistes vis-\u00e0-vis des actionnaires (dispositions l\u00e9gislatives, chartes, comit\u00e9s \u00e9ditoriaux, conseil de surveillance), les ph\u00e9nom\u00e8nes de concentration ne sont pas neutres. En 2017, l\u2019ONG Reporters sans fronti\u00e8res a ainsi class\u00e9 la France au 39<sup>e<\/sup> rang mondial pour ce qui est de la libert\u00e9 de la presse avec la mention \u00ab\u00a0une presse libre mais la concentration inqui\u00e8te\u00a0\u00bb. \u00c0 cette occasion, la France devance cependant d\u2019une place le Royaume-Uni dans un classement o\u00f9 la Norv\u00e8ge est en t\u00eate et l\u2019Allemagne 16<sup>e<\/sup>. (<a href=\"https:\/\/rsf.org\/fr\/classement#\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Voir le classement ici<\/a>).<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, on consid\u00e8re dans de nombreux pays que le secteur de la presse et des m\u00e9dias ne peut \u00eatre vu comme un secteur d\u2019activit\u00e9 comme les autres. C&#8217;est la raison pour laquelle, notamment en France, l&#8217;\u00c9tat continue \u00e0 contr\u00f4ler un service public de l&#8217;audio-visuel (Groupe France T\u00e9l\u00e9vision financ\u00e9 essentiellement par la redevance) et \u00e0 proposer de nombreuses aides directes (subventions) et indirectes (TVA et frais postaux pr\u00e9f\u00e9rentiels) au secteur public &#8211; lorsqu&#8217;il existe &#8211; mais aussi au secteur priv\u00e9, afin de soutenir son activit\u00e9. La multiplicit\u00e9 des aides publiques fran\u00e7aises ne doit alors pas occulter le fait que certains \u00c9tats europ\u00e9ens sont bien moins interventionnistes en la mati\u00e8re, sans que la d\u00e9mocratie et la vitalit\u00e9 du d\u00e9bat public n\u2019en semblent affect\u00e9s pour autant. Ainsi, des pays tels que l&#8217;Allemagne, la Suisse ou le Royaume-Uni n&#8217;accordent pas d&#8217;aides directes \u00e0 la presse relevant du secteur priv\u00e9. Quoiqu\u2019il en soit, le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat n\u2019est pas neutre, lui non-plus, et pose \u00e0 son tour des questions sp\u00e9cifiques en termes de pluralit\u00e9 de l\u2019information.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Derri\u00e8re une apparente profusion de titres et de chaines, le paysage m\u00e9diatique fran\u00e7ais tend \u00e0 \u00eatre domin\u00e9 par quelques grands groupes m\u00e9diatiques : Vivendi (Canal +, SFR), Bertelsmann (RTL Group,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":99,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[439],"tags":[491,488,457,490,487],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3620"}],"collection":[{"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/99"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3620"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3622,"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3620\/revisions\/3622"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3620"}],"wp:term":[{"attributes":{"taxonomy":"category","embeddable":true},"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3620"},{"attributes":{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true},"href":"https:\/\/fonderie-infocom.net\/blognumerique\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}