Retour sur… Le Voleur de Lisbonne de Léo Richard

Synopsis : A Lisbonne, il existe une brigade spéciale dédiée aux vols de caméra. Peu de caméras sont retrouvées, parfois des cassettes, jetées au caniveau comme autant de souvenirs perdus. Des policiers les visionnent en espérant trouver des indices dans ce flot d’images touristiques et intimes.

Dans Le Voleur de Lisbonne, le virtuel a une importance telle qu’on enquête sur les vols de caméras dans la ville de Lisbonne. Dès lors, un univers intrusif est filé tout au long du film. De même que les caméras constituent une irruption dans la vie privée, des enquêteurs s’introduisent dans l’appartement du protagoniste principal sans y être invités dès le départ : la vie privée est sans cesse perturbée.

L’omniprésence du virtuel est accompagnée par le motif du souvenir, les cassettes deviennent détentrices de la mémoire, allant même jusqu’à remplacer celle de l’humain, qui devient moins performante. Les souvenirs de l’homme sont enfouis, et la cassette se charge de les restituer, comme le prouve le personnage de Jean, qui a du mal à se « souvenir ». Toutefois, ce dernier n’y accorde pas tant d’importance. Pour lui, la réalité est plus précieuse que les illusions qu’apporte le virtuel. Ainsi, les enquêteurs découvrent avec stupéfaction que Jean possède très peu de vidéos, alors même qu’ils étaient venus lui resituer d’éventuelles cassettes volées à son insu. Face à cela, la musique laisse place au silence, seul le bruit des criquets se laisse entendre face à la surprise des enquêteurs.

Ce film met aussi en évidence une forme de poésie, présente dans les rares descriptions de souvenirs du personnage principal. Mais la poésie des souvenirs se heurte à la tangibilité des enquêteurs, qui ne parviennent à saisir la portée merveilleuse des descriptions. De même, Diogo, un des enquêteurs, est décrit par les termes : « le poète, incapable de voir ce qu’il y a à voir, prêt à se laisser porter par le premier sentiment venu ». Si cela sonne comme une critique, ce personnage incarne une forme de grâce, qu’il parvient à restituer par le biais de la musique. La bande son est réalisée par ce dernier, qui joue du piano en toute simplicité au fond de la pièce, ce qui confère une forme de délicatesse au film.

En outre, le voleur apparaît aussi. L’intrigue principale tourne autour d’un voleur, qui aurait dérobé des caméras, mais aussi des cassettes. Pour les enquêteurs, cela constitue une réelle préoccupation, voire une obsession pour Octavio. Le voleur refléterait-il une forme de révolte face à l’omniprésence du monde virtuel ? Néanmoins, la fin du court métrage nous laisse songeurs, le voleur existe-t-il vraiment ?

Daria

lvdl_004

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *